Journée Européenne des Victimes

Xammes, le 22 février 2011, 5 h 30 du matin.

Le réveil sonne, il me faut comme chaque matin un certain temps pour me réveiller et me lever. Aujourd’hui c’est spécial, il faut que je me dépêche, je pars pour Paris.

Paris où a lieu « La Journée Européenne des Victimes » organisée par Mme Marie Ange Le Boulaire.

Je pars vers la gare de Meuse entre Bar-le-Duc et Verdun à une heure de route de Xammes. Heureusement j’ai le GPS qui me guide, c’est la première fois que je prends ces petites routes qui me semblent interminables, mais j’arrive à l’heure et le TGV aussi ! Un peu moins d’une heure plus tard je me trouve à Paris, gare de l’Est. Comme d’habitude c’est une fourmilière, des personnes pressées, stressées.

 

Il n’est que 8 h 30 du matin. Je décide de me rendre directement par le métro au Trocadéro. Sur place et avec une énorme envie de café, je m’installe sur une terrasse et me laisse servir, quel plaisir, un bon café sur une terrasse bien chauffée.

 Vers 9 h 30  je me dirige vers l’endroit de la manifestation. Avant d’apercevoir quoi que ce soit d’autre, je ne vois que la Tour Eiffel dans toute sa splendeur devant moi. Quelques rayons de soleil essaient tant bien que mal de se frayer un chemin dans le ciel encore gris. Quel beau spectacle… Après avoir admiré cette magnifique image, je me rends compte que devant moi il n’y a rien d’autre, il n’y pas de stand, personne qui ressemble à un membre de la manifestation, seuls quelques policiers qui patrouillent. Je leur demande s’ils peuvent m’indiquer le lieu de La Journée Européenne des Victimes, gentiment ils me montrent le chemin.

Mme Marie Ange Le Boulaire m’avait écrit que la journée avait été organisée à la dernière minute. A ma grande surprise j’aperçois un réel village de tentes blanches. S’il faut remplir tout ça par du public, cela voudrais dire qu’il y aura du monde. Je m’approche, je vois des personnes qui installent des affiches, des brochures, des livres... Tout ce qui peut servir à faire connaitre la Victime au grand public. Je m’avance doucement, je guette si je vois peut-être quelqu’un qui aurait besoin d’aide, je me sens un peu seule et préfère m’occuper que de rester là à ne rien faire. Les associations sont « malheureusement » tellement bien organisées qu’elles n’ont pas besoin de moi.

Je vais donc à la recherche d’un café et là en me retournant je le vois… Notre ami, M. Toutin, il a répondu présent à mon invitation. Je suis pleine de joie de le revoir. Ceux qui ne connaissent pas M. Toutin peuvent écouter l’enregistrement fait pendant son intervention à un de nos cafés/débats « Le Dire & Agir », une personne formidable comme tous nos intervenants.

Le voir là au milieu de tant de personnes inconnues, me rassure. Il me voit presqu’au même moment. Sa première question concerne mon mari, « Patrick votre mari n’est pas là ? » J’ai dû confirmer que malheureusement son travail ne lui permettait pas à venir, de même pour les autres membres de l’association.

Nous échangeons d’abord quelques mots sur les personnes connues pendant le café/débat et avançons doucement vers les premiers stands. M. Toutin, n’a pas beaucoup de temps, lui aussi doit aller travailler. Pourtant il prend le temps de se présenter à chaque association, à échanger quelques mots avec chacun, en les encourageant de continuer le combat. Il exprime par moments ses indignations concernant le traitement des victimes par rapport aux agresseurs. L’agresseur a un avocat, un suivi psychologique dès qu’il arrive au poste de police, et la victime…. doit se débrouiller seule, ce qui lui est inconcevable. Je le suis doucement, je le laisse bavarder avec chacun et fait comprendre aux personnes que je repasserai plus tard, ayant toute la journée devant moi pour faire plus ample connaissance. Grace à M. Toutin, je suis présentée à des personnes que je n’aurais peut-être pas osé aborder toute seule, on dira qu’il connait tout le monde ou presque.

J’ai toujours cru que la police et la gendarmerie n’étaient pas les meilleurs amis, mais en présence de M. Toutin, cette barrière tombe, il parle en tant que policier aussi bien avec ses collègues qu’avec les gendarmes. Il me dit « surtout revenez ici tout à l’heure, ils vont pouvoir vous expliquer des choses que vous ne savez peut-être pas encore ». Sagement je lui fais signe de la tête et lance des sourires à ceux qui sont concernés.

L’heure tourne, il me dit à plusieurs reprises, il faut que je m’en aille, je dois aller travailler. Pourtant, à chaque fois, il voit quelqu’un d’autre ou une autre association avec qui il souhaite discuter. Je ne dis rien, je le suis, jusqu’au moment où j’arrive auprès de deux unités de la gendarmerie qui m’intéressent particulièrement. Une s’occupe d’Internet et l’autre de l’audition des victimes.

Mon téléphone sonne, Angélique, une amie chère arrive au même moment que M. Toutin part finalement travailler. Dommage j’aurais bien voulu le présenter à Angélique mais le devoir l’appelle et je lui fais la promesse de le faire venir à nouveau chez nous en Lorraine dès que nous organiserons d’autres cafés/débats ou autres manifestations.

Angélique arrive avec une amie, heureuses de nous revoir dans d’autres circonstances que par les tribunaux, nous commençons directement à bavarder comme si nous nous n’étions jamais quittées. On commence toutes ensembles à refaire un tour dans les stands mais très vite chacune part de son côté, chacune à des associations à voir, trouve des personnes avec qui discuter...

Mon sac devient de plus en plus lourd, la documentation ne manque pas, les discussions non-plus, le temps passe sans m’en rendre compte. J’ai le temps d’enregistrer une gendarme qui s’occupe avec ses collègues des réseaux pédophiles sur Internet. Nous sommes interrompues par l’annonce des lâchés de ballons à 13 h 00. Je retrouve Angélique et son amie, nous restons ensembles pour lâcher nos ballons et écouter le discours poignant de Mme Marie Ange Le Boulaire, le bonheur d’entendre une victime de viol dire « j’ai été victime mais aujourd’hui je ne le suis plus ». Je regrette de ne pas avoir laissé mon enregistreur tourner. J’aurais aimé faire écouter ces mots à nos membres pour garder espoir, espoir que la vie est belle, que la vie vaut le coup d’être vécue, qu’on a le droit d’être victime pendant un certain temps mais qu’il faut tourner la page et se sortir de là. Sortir de là et tendre la main à ceux qui cherchent, par moment encore, désespérément, le bout du tunnel. Chaque personne a le droit de souffrir par rapport à son vécu, mais quelle belle victoire le jour ou nous sortons de ce trou noir et de voir le soleil briller, comme aujourd’hui à Paris.

Les ballons sont lâchés, chaque ballon représente symboliquement une victime. Sous les applaudissements du public, je les suis de mes yeux et me sens aussi libre aujourd’hui que mon ballon qui s’envole vers des autres horizons. Je vois tous les autres ballons, chacun s’abandonne sur les brises de l’air, ils se dispersent, jusqu’à ne plus les voir.

Nous revenons toutes sur terre, nos estomacs nous disent que c’est l’heure de nous occuper d’eux. A plusieurs nous cherchons et trouvons, des bonnes gaufres, paninis etc. Nous nous mettons au soleil avec vue sur la Tour Eiffel, un jour de février en plein centre de Paris, entourées par des personnes que nous apprécions. Pendant notre piquenique nous discutons de tout et de rien, de nos expériences avec nos associations, des autres associations, de ce qu’il faut savoir, de ce qu’il ne faut pas faire. Encore un moment d’échanges riche en informations et de fous rires. Heureusement il y a les rires car la journée européenne des victimes ne veut aucunement dire qu’il n’y a que des larmes, au contraire cette journée se déroule dans la bonne humeur avec des moments, certes plus émotifs et sérieux, mais le fait d’être tous ensembles provoque une complicité et une solidarité de bien-être.

Nous retournons dans le village des associations et continuons les discussions avec des personnes, qui comme nous, luttent tous les jours pour améliorer la vie des autres. Les échanges fusent, les cartes de visites s’échangent de mains en mains, les brochures, prospectus trouvent leurs places dans nos sacs. Par précaution, j’avais pris de quoi lire pour la journée, au cas où, la manifestation n’aurait pas été ce que j’espérais, mais c’est un poids que j’aurais très bien pu laisser à la maison. Je ne me suis pas ennuyée une seconde.

A un certain moment je m’attarde devant le stand des pompiers ou un groupe d’écoliers citent les numéros d’urgences existant en France. Automatiquement je lève la main au moment où j’entends le 15, le 18 etc. Mais il y a un numéro que je n’entends pas. Le pompier avant de continuer son exposé auprès des jeunes me donne la parole et je lui dis, il existe également le 112, il me lance un sourire et explique aux jeunes à quoi sert le 112, rassurée je m’éloigne et je suis contente de moi, le 112 est malheureusement encore trop peu connu par les français et je pense avoir fait une bonne action en le mentionnant.

La journée finalement passe trop vite, c’est l’heure de reprendre le métro et de me diriger vers la gare de l’Est. J’ai un sentiment de satisfaction en moi, pourtant je n’ai pas contribué à l’organisation de cette belle initiative, mais je suis satisfaite car j’ai rencontré des personnes que je ne connaissais que par e-mails, téléphones ou par leurs sites. Je pars avec plein d’informations dans la tête et dans mon sac. J’ai hâte de reprendre et lire toutes les brochures et les documents reçus pendant cette journée, revoir les photos et écouter l’enregistrement.

Mme Marie Ange Le Boulaire, je vous remercie pour cette belle journée qui nous a permis de comprendre que les victimes ne sont pas seulement les personnes abusées, violentées, maltraitées mais également des personnes accidentées de la route, des personnes qui souffrent de racisme et d’exclusion. J’ai vu tous ceux qui tendent la main à ces personnes brisées, la solidarité entre les professionnels et bénévoles. Moi qui avais des doutes sur la nécessité de notre association et de nos actions, je pars avec la certitude que chaque association, grande ou petite, à sa place dans cet univers et que chaque action, grande ou petite, est importante tant qu’elle est menée dans le respect et la dignité.

J’espère que cette belle action aura sa place au moins une fois par an à Paris, mais également chez nous en Lorraine et ailleurs en province.

 

Frieke Brandebourg-Jeurgens

Présidente et fondatrice de SanViolentine/Lorraine

 

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