Mouvement du Nid - Metz - Un monde sans prostitution

Pour ce cinquième café-débat nous nous rendons comme d’habitude, Frieke et moi, au café Jehanne d’Arc de Metz. Nous sommes le 17 novembre et une grande question se pose : est-ce que ce café va attirer du monde ? Mais pourquoi cette question ? L’objectif des cafés débats est certes de toucher le plus de monde possible mais aussi d’aborder des sujets que la société préfère bien souvent ignorer. Alors, peu importe le nombre de présents, l’essentiel est d’en parler car le jour où les citoyens volontaires que nous sommes choisirons de ne plus amener les maux de notre société sur la place publique,  quel espoir restera-t-il ? Heureusement, Le Mouvement du Nid, SanViolentine et bien d’autres ne sont pas prêts à laisser s’installer une certaine fatalité, un peu comme une indifférence immobile que l’on cacherait au fond de nous dans un silence assourdissant.

Le Mouvement du Nid et SanViolentine sont très proches dans leurs actions. Aider ceux qui souffrent, ceux que la société a condamnés à l’invisibilité, voire à la non-existence au nom d’une morale factice et improbable. Aider sans rien attendre en retour. Briser le silence !

Une fois de plus, tout est prêt dans « notre » petite salle voûtée du café. Pour la première fois nous installons aussi un vidéoprojecteur afin de projeter des images en boucle qui viendront accompagner le récit de nos intervenants.

Nous sommes rapidement rejoints par Jacqueline et Alain du Mouvement du Nid. Alain est membre de cette association depuis quelques années. Pour lui, tendre la main aux personnes que la société a écartées et les aider à retrouver une certaine dignité est comme une seconde nature. Jacqueline est membre depuis très longtemps, elle aura consacré une grande partie de sa vie à essayer de construire « un monde sans prostitution ».

Alain et Jacqueline sont accompagnés de plusieurs de leurs membres. Tous veulent croire à leur action et portent un regard éclairé et réaliste sur ce fléau.

Enfin, le public arrive. Nous sommes une quinzaine, ce qui n’est pas mal du tout.

Nous démarrons vers 20h20. Frieke présente rapidement l’association SanViolentine avant de parler du thème de ce soir, du lien qui existe entre agression sexuelle et prostitution. 80% des personnes prostituées ont subis des violences sexuelles dans leur enfance. Après avoir présenté nos invités, Frieke leur donne la parole.

Jacqueline et  Alain expliquent ce qu’est le mouvement du Nid. En fait, une association nationale qui possède plusieurs antennes, comme ici à Metz. L’origine, puis les objectifs de leur action sont expliqués avec précision. L’essentiel pour eux consiste à rencontrer (par groupe de deux, un homme et une femme) sur le terrain, les personnes prostituées, hommes ou femmes. Certes il y a des permanences, des accompagnements pour celles et ceux qui souhaitent s’en sortir, en particulier face à une Administration devenue très compliquée, mais l’essentiel est de les rencontrer. Pas de jugement, pas de questions, simplement parler un peu, de tout et de rien, cela suffit pour que ces personnes n’oublient pas qu’elles restent des personnes, qu’elles n’ont pas perdu leur dignité. Cela suffit pour qu’elles puissent, un instant, un instant seulement, oublier ce poids insupportable qui brise leur corps et leur âme et que nous, nous appelons la vie ! 

Il est difficile ici de détailler l’ensemble des thèmes abordés, je vous invite donc à entendre ou réentendre le débat dans son intégralité que vous trouverez sur le site Internet.

Ce qui me marque, moi qui suis dans le public et aussi très ignorant du sujet de ce soir, et cela semble aussi être le cas pour le reste de l’assemblée (excepté bien sûr les membres du Mouvement du Nid) c’est la complexité liée à la prostitution. Cela me fait en peu penser à ces très jeunes enfants, capables de jouer, rire, s’amuser, mais qui cachent en eux une terrible souffrance, trahie parfois au passage d’un mot, d’un dessin, d’une attitude. Certains pensent qu’une personne prostituée peu agir par choix, voire par plaisir.

Pour beaucoup, les personnes prostituées de force et prisonnières d’un réseau ne représentent finalement qu’une partie de cette population. Je retiens de cette soirée que ce cliché est totalement faux ! Même celles et ceux qui prétendent agir par choix et éprouver un certain plaisir, au moins une certaine satisfaction à exercer ce « métier » mentent. Certes ce n’est pas un mensonge calculé, ce n’est pas à nous qu’elles mentent, mais à elles mêmes. J’ai alors l’impression qu’elles agissent de cette façon pour trouver une lueur, juste un peu de lumière, quelque part dans leur survie. Sans doute que certaines de ces personnes arrivent à adopter cette attitude, mais avant elles auront dû faire le deuil de leur vie, d’une vie faite de joies et d’épanouissement, de projets, de colères aussi, d’une vie ordinaire.

Il me semble que c’est à ce prix, celui du renoncement absolu, du sentiment de fatalité pour finalement s’installer dans cette petite mort que l’on peut dire « j’ai choisi ». Pour moi c’est la définition même de la souffrance.

Le thème des réseaux est aussi abordé. Les « clients » ne sont pas oubliés non plus, mais là aussi, pas question du juger. Faut-il ré ouvrir ou pas les maisons closes et pourquoi, etc. Expression simple d’une réalité devenue banale et installée devant notre porte.

Après les interventions, Frieke ouvre le débat.

Ce cinquième café, même si le public n’est pas venu très nombreux, est le plus animé de tous. Nul n’est insensible aux discours tenus et chacun peut enfin comprendre pourquoi les prostitué(e)s ne sont pas des prostitué(e)s, mais des personnes prostitué(e)s.

La soirée s’achève vers 22h30.

Grâce au Mouvement du Nid, de leurs témoignages et de leur connaissance éclairée sur le sujet (l’intervention d’un membre de cette association présent dans le public a aussi permis de bien révéler une réalité parfois détournée de l’opinion générale) nous ne verrons plus la prostitution comme avant…

Pour les personnes prostituées, comme pour les victimes d’agressions sexuelles, gardons-nous de prétendre porter le moindre jugement, ne serait-ce que le moindre avis sur la souffrance qu’elles peuvent ressentir au fond d’elles-mêmes. Même si c’est dans un objectif noble de vouloir mieux les comprendre.

La souffrance d’autrui est chose qui doit s’apprendre : et jamais elle ne peut être apprise pleinement, Friedrich Nietzsche.

Patrick Brandebourg

 

 

 

 

 

 

 

 

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