Salah Eddine Abbassi - La victime des mariage forcé

Il est 19h, j’arrive un peu en avance à la gare TGV Lorraine. Mr Abbassi doit arriver directement de Rennes, c’est lui qui ce soir va éclairer notre sixième café-débat sur un thème mal connu.

Que savons-nous du mariage forcé ? Appartient-il à une autre époque ? Se pratique-t-il seulement dans certains pays culturellement si différents ? Il est facile de constater que dans notre beau pays bien moderne, bien lisse, nous ne connaissons rien du mariage forcé et encore moins de ses conséquences. Cela me fait un peu penser à l’esclavagisme moderne. Pour nous, heureux français, qui vivons dans une société si bienfaisante, l’esclavagisme semblait étroitement lié aux grandes « traites négrières » des Etats-Unis et d’Afrique. C’était il y a très longtemps, lorsque l’homme était encore très méchant ! Malheureusement la réalité relayée par les médias nous a fait comprendre que ce fléau, qui est historiquement très complexe, existe toujours, y compris chez nous, en France.

Qu’en est-il des mariages forcés ? Et si cela nous concernait bien plus qu’on l’imagine ?  Entre le mariage imposé par la famille, issu de coutumes archaïques, et le mariage « délicatement obligé » par des règles pudiques mais redoutables établies dans nos sociétés par une culture sociale manipulatrice, il y a souvent de la souffrance.

Le sujet est vaste et complexe. Il nous concerne tous, y compris le mariage imposé par la famille, qui touche aussi chez nous des femmes et des hommes aux origines culturelles souvent « différentes ». Mariage forcé, mariage violent, mariage destructeur…

Le sujet implique beaucoup de paramètres culturels, voire religieux, et je laisserai Salah-Eddine faire lui-même une synthèse écrite (voir son PowerPoint) en relation directe avec les études approfondies qu’il a menées et la thèse qu’il prépare actuellement.   

Il est 19h 40, le train a un peu de retard, Salah-Eddine arrive et me reconnais immédiatement. Je dois avouer que Frieke lui avait fait parvenir une photo de ma modeste personne. Lors des précédents cafés, c’était moi, qui devait reconnaître les invités, les ayant vus préalablement sur photo. Cela n’a jamais marché ! Je n’ai jamais réussi à reconnaître qui que ce soit. Pour cette fois les règles ont donc été changées.

Salah-Eddine me fait part de son plaisir à nous rencontrer. Il est très heureux de pouvoir parler d’un sujet qui le tient très à cœur, de pouvoir aussi, par le biais de la communication,  aider les autres.

La passion de ce jeune franco-algérien est absolue. Pendant le trajet pour nous rendre au café Jehanne d’Arc de Metz, nous discutons beaucoup. Je comprends immédiatement qu’une fois de plus nous allons faire une rencontre exceptionnelle ce soir. D’une formidable gentillesse, Salah-Eddine s’affirme néanmoins rapidement comme un spécialiste qui maîtrise parfaitement son sujet.

Nous arrivons devant le café. Je dépose Salah-Eddine sur la petite place. Après avoir garé la voiture, je retrouve Frieke et notre invité qui terminent les derniers préparatifs.

20h20, l’intervention commence. Frieke, comme à chaque café, présente rapidement l’association SanViolentine et les cafés-Débats « Le Dire & Agir ». Elle présente ensuite notre invité et lui laisse la parole.

Pendant plus d’une heure, Salah-Eddine nous parle des mariages forcés. Sa présentation issue d’un long travail en tant que chercheur est d’une rigueur quasi-scientifique. Sa présence  fait  que  la petite dizaine de personnes présentes est immédiatement absorbée par ses paroles. Parfaitement structurée, la présentation de l’invité est accompagnée d’un diaporama. Je suis quant à moi aux commandes de l’ordinateur pour passer les diapos. Je comprends vite qu’appuyer sur un bouton pourrait aussi être une compétence potentiellement digne d’une longue formation universitaire.

Tout au long de l’exposé, j’apprends beaucoup. Je réalise que je ne connais rien du sujet de ce soir. Il y a tant à découvrir, à connaître. Il faudrait absolument que chacun puisse accéder à toutes ces informations. Si les humains pouvaient être moins ignorants, peut-être seraient-ils meilleurs…

Arrive ensuite l’heure du débat. Les questions sont nombreuses, le débat est passionné.

Salah-Eddine possède une qualité rare pour un orateur passionné comme lui. S’il est capable de vous parler pendant des heures de ses recherches, il s’arrête immédiatement dès qu’une autre personne désire poser une question ou s’exprimer à son tour. Il laisse alors tout le temps nécessaire à la personne qui s’exprime et c’est seulement lorsqu’elle aura totalement fini qu’il reprendra la parole. Bravo !!

Frieke reprend la parole pour remercier l’intervenant et le public. Il est environ 23h.

Je vous invite à consulter la synthèse de Salah-Eddine, indispensable pour découvrir l’aspect « technique » du contenu de ce 6ème café-débat.

Frieke et moi gardons un souvenir fort de cette rencontre exceptionnelle qui nous a apporté beaucoup, tant sur le plan de la connaissance que sur le plan humain.

Force est de constater que grâce à nos cafés-Débats, nous nous sommes considérablement enrichis, de mois en mois, de formidables rencontres, partagées avec le public.

Un grand merci encore à Salah-Eddine qui a accepté de venir de Rennes, bénévolement, et qui à fait que cette soirée restera une formidable réussite, même si le public n’était pas venu en nombre. Sentiment largement partagé avec plusieurs personnes du public avec qui j’ai pu échanger quelques mots.

Salah-Eddine, nos précédents intervenants tout comme notre association, se battent pour faire tomber les tabous. L’intolérance vient si souvent d’une connaissance trop approximative. Un combat long et difficile, certes ! Certains diront, perdu d’avance. A ceux-là je répondrai par cette phrase de Brecht :

«  Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

Patrick Brandebourg