Sandra et Maître Rondu

Frieke, Sandra et moi-même de SanViolentine/Lorraine se retrouvent vers 19h au café Jehanne d’Arc à Metz. Le premier de nos Cafés-débats ! Le plus important, car avec lui, les premières appréciations. Beaucoup de monde va se faire une idée concrète de nos actions publiques, les propriétaires du café, le public, et surtout les personnes de l’association qui se sont impliquées sans compter. Quelle serait notre déception après un échec ? Avoir fait tout ce travail pour rien ! Autant dire que les premiers à ne pas manquer ce rendez-vous du 19 mai sont le stress et l’angoisse !

Frieke qui, les semaines précédant l’événement, a travaillé presque jour et nuit sur le projet, installe son ordinateur, les documents mis à disposition du public. Elle répète une ultime fois son allocution d’ouverture. Sandra est tendue, pour la première fois depuis le procès de son bourreau, elle va devoir raconter son histoire devant des inconnus. Je donne, quant à moi, un coup de main pour les derniers détails.

Les minutes s’égrènent une à une vers l’heure fatidique tandis que Frieke répète une dernière fois son texte. C’est sûr, cette fois c’est la dernière ! Après tout le texte sera ce qu’il sera ! Ses mots résonnent encore une fois sous l’effet d’une étrange réverbération produite par cette petite salle voûtée du XIII siècle.

Le mari de Maryse (les propriétaires du café) installe les chaises. « Combien dois-je en mettre » nous demande-t-il ? « Une trentaine !». Je revois encore son regard un peu étonné, jamais un débat n’avait amené autant de monde dans ce café pourtant habitué à cela. Et s’il n’y avait personne ?

Maryse est là pour nous. Après un accueil très chaleureux elle est toujours restée à notre disposition pour satisfaire nos moindres besoins.

Sylvie et Emilie sont déjà présentent elles aussi.

Dans cette ambiance un peu tendue, un doute nous envahit. Est-ce que Maître Rondu (l’avocat de Sandra) sera là ? Sandra a pourtant tenté de le contacter plusieurs jours avant pour confirmation, mais en vain. Va-t-il se souvenir du rendez-vous ? Et s’il était retenu au tribunal ?

Il est déjà presque 20h et peu de monde. Le stress augmente !

Soudain, je croise Sandra dans le bar et elle me glisse ces quelques mots : « il arrive, l’avocat arrive ». Premier soulagement ! Un peu comme une petite euphorie avant l’heure.

Et puis, je ne sais exactement comment, mais tout à coup, au fil de mes allées et venues entre la salle et le bar, je constate que la salle est déjà bien remplie. Maître Rondu arrive à son tour, nous attendons encore quelques minutes avant de commencer.  

A ce moment nous avons une petite pensée pour Manu et Lucie, nos bénévoles, qui, comme Sandra, et Anne des café d’Annecom se sont beaucoup investis dans le projet. Une contrainte professionnelle ou l’éloignement, les ont hélas empêchés d’être parmi nous, à leur grande déception.

Il est 20h20, le public est là, une petite trentaine de personnes, nous n’osons y croire ! Face à eux, sur une petite estrade qui surplombe la salle, les trois intervenants, Maître Rondu, Sandra et Frieke attendent, assis, une table devant eux et quelques documents posés çà et là. Un micro est aussi là pour enregistrer le débat.

Personne n’ose y croire ! Tous les intervenants sont là ! Une trentaine de personnes dans la salle ! Je crois que chacun d’entre nous a compter, recompter, et recompter encore le nombre de présents.

C’est incroyable, notre premier Café-Débat va-t-il être une réussite ?

Il est 20h20, je fais signe à Frieke que nous pouvons commencer.

Frieke, en tant que présidente et fondatrice, souhaite la bienvenue au public et présente l’association SanViolentine/Lorraine, ses objectifs, ses actions, avant d’exposer plus en détails le programme des Cafés-débats qui doivent s’étaler pour le moment jusqu’en juin 2011.

Lors de sa présentation, Frieke n’oublie pas de donner quelques chiffres (datant de quelques années). « Une femme sur huit »… « Un homme sur dix »…Ces chiffres sont comme un véritable choc pour le public, une réalité, dure, implacable leur fait face tout à coup. 

Enfin, elle demande à chacun de ne pas interrompre les intervenants, Sandra en particulier, et de garder les questions pour la partie « débat ». Pour faciliter cela, du papier et des crayons sont mis à disposition de tous afin que chacun puisse noter ses remarques et questions éventuelles. Avec ces papiers se trouve aussi un petit carton à remplir et uniquement pour ceux qui le souhaitent. Il s’agit de recueillir les adresses mail de tous ceux qui désirent recevoir nos informations.

La parole est donnée à Sandra.

Le public est attentif. Même si nous tenons à garder un climat de convivialité, d’où ce lieu particulier où chacun peut s’asseoir avec sa boisson, le climat général trahit la profonde gravité du sujet abordé ce soir. 

Les visages sont tendus, certains emprunts d’une angoisse évidente, des victimes ou des proches probablement.

Un silence absolu fige les regards et les gestes des membres de l’assemblée, un peu comme si le temps s’était arrêté dans ce lieu étrange, sous ces pierres chargées d’histoire.

Sandra raconte son vécu, son histoire. Sous ses mots, elle déroule son douloureux vécu dans un langage clair, posé, calmement presque lentement. Chacun de ses mots fait mouche. Le public est attentif, le témoignage d’une victime ayant porté plainte est si rare ! Chacun mesure aussi l’engagement et le courage de Sandra, pouvoir exposer un vécu aussi douloureux dans le seul but d’aider les autres.

Le public écoute avec intérêt les détails de son récit. Trop de questions se posent encore à tant de victimes ou proches sur l’aspect policier et judiciaire après une éventuelle plainte.

Frieke reprend la direction du débat pour donner la parole à Maître Rondu, avocat.

Cette fois ce n’est plus la victime, mais l’expert en droit qui parle. Après avoir exposé les divers aspects de la justice et de la loi face aux agressions sexuelles et aux crimes sexuels, Maître Rondu développe chaque élément qui lui semble important. Une mine d’informations vient de s’ouvrir au public et aussi à notre association. Cela fait maintenant presque une heure que nos intervenants s’expriment. 

Frieke reprend la parole pour lancer le débat. Elle demande à chacun de se lever ou de lever la main pour demander la parole de façon à assurer la qualité du débat. C’est le moment de prononcer la traditionnelle phrase : «avez-vous des questions ou remarques ? ».

Le Café-Débat vient d’atteindre un moment clé de son déroulement. Les gens vont-ils participer ? Allons-nous avoir, après les exposés, un public immobile, figé, sans questions, sans remarques ? La réussite de notre « première » dépend maintenant de ce moment crucial !

Nous espérions un débat d’une demi-heure, il va durer plus d’une heure et demie ! Aussitôt la grande question posée, des mains se lèvent. A chaque fois, le public écoute attentivement la personne qui s’exprime et la réponse des intervenants.

Beaucoup de questions portent sur des points particuliers du droit et visiblement, souvent, en rapport avec le vécu des uns et des autres. Maître Rondu est très sollicité. Ses connaissances très approfondies lui permettent de répondre très précisément à chacun et cela donne un « cachet » de qualité évident à ce débat. Tout l’esprit de SanViolentine est là, quand les professionnels et les bénévoles parviennent à travailler en complémentarité, le résultat est sans appel ! Une efficacité bien plus grande !

Les outils apportés par Maître Rondu sont nombreux, sur la justice, son organisation, qui voir en cas de besoin, quels sont les délais, les recours, etc. A chaque question, une réponse claire et précise.

Le témoignage de Sandra fait aussi l’objet de plusieurs questions. Une cependant va être particulièrement émouvante et retenir mon attention : « vous Sandra, comment allez-vous aujourd’hui ? ».

Frieke suggère  une dernière question avant de clôturer la soirée. Une soirée pas comme les autres, ce Café aura duré deux heures et demie !!

Frieke remercie tout le monde (voir plus bas) et précise que ce soir était une première et que nous avons tout fait, avec nos faibles moyens pour bâtir une action de qualité. La salle applaudit. Emotion, encore !

Le public se lève, beaucoup se retrouvent sur la petite place qui jouxte le café pour une cigarette. On discute encore du débat, mais ce qui nous marque à ce moment là, c’est un plaisir immense, une euphorie indescriptible, c’est réussi !!  Nous n’osons y croire mais le fait est là, c’est réussi !! Une réussite totale, la préparation, les interventions de grande qualité, la participation du public.

Certes nous sommes conscients que ce n’est pas ce Café-Débat qui va supprimer les violences en France et dans le monde ! Mais au moins nous pouvons être fiers de pouvoir apporter une petite pierre à une action qui, peut-être, un jour fera boule de neige. Un jour peut-être les choses changeront. Les associations et les médias ont déjà fait évoluer considérablement les comportements face à un fléau qui reste encore un tabou. Nous savons que ne rien faire reste la pire des attitudes et nous rend tous responsables. C’est pour cela que nous sommes fiers aujourd’hui de pouvoir « Le Dire et Agir » !

Fait par Patrick Brandebourg

 

 

 

 

 

  

 

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