« Témoignage d'espoir de victimes et d'un proche »

10 ème café-débat «Le Dire & Agir »

A Metz le mercredi 18 mai 2011.

 

Nous voici arrivés à notre 10ème café-débat. L’avant dernier, déjà !!

  

Comme d’habitude j’arrive vers 19h et fais un tour dans le quartier des Trinitaires, au cas où une place serait disponible afin que je puisse me garer. Comme d’habitude, pas de place. Je dois me résigner et me diriger vers le parking de la Cathédrale. En fait, c’est le même scénario à chaque fois.

Frieke qui, visiblement, a plus de chance que moi, a su trouver une place devant le café. Je pense même qu’il s’agit de la place la plus proche de toutes.

Je retrouve Frieke qui termine la préparation de la salle dans un état de stress assez palpable. Il s’agit pourtant, ce soir, d’un sujet sur lequel elle a une grande maîtrise, mais il y a tant de choses à dire… En effet, Frieke parlera de son vécu, Sandra de son parcours et moi-même de ces dix dernières années en tant que proche.

  

Nous regagnons la terrasse pour esquisser un rapide repas sous un soleil généreux en attendant 20h. Cette fois nous avons très peu d’inscrits, nous sommes donc assez pessimistes sur la participation. Sandra qui doit aussi intervenir ce soir nous rejoint avec une amie. Maria arrive à son tour. Quelques instants plus tard nous apercevons Priscilla et Alain, du Mouvement du Nid, ils se dirigent vers nous. Puis, il est temps, une fois de plus, de regagner cette cave où tant de choses se sont dites depuis un an !

  

Trois autres personnes de SOS Amitié nous attendent. Le public ne sera pas nombreux ce soir, à peine une dizaine de personnes. Par contre, trois associations présentes, en comptant la nôtre bien évidemment !

  

Frieke prend la parole pour les présentations habituelles et commence son récit, son témoignage. Je ne vais pas résumer tout son parcours ici (pour cela je vous invite à découvrir son livre sur le site Internet, accessible librement, et l’enregistrement de ce débat). J’ai déjà entendu son témoignage, à de nombreuses reprises. Cependant, comme à chaque fois, j’ai l’impression de connaitre son histoire et de la découvrir en même temps. Ce frère incestueux qui a abusé de sa sœur pendant plus de cinq années, ce vieux monsieur pédophile qui a terrorisé Frieke, ces parents dans le déni à qui il a bien fallu tout dire un jour. Sans oublier tous ces parasites qui rôdent toujours autour des victimes. En fait, je ne sais pas vraiment lequel des deux attire l’autre. Frieke raconte son vécu de victime sans se perdre dans des détails sordides, sans s’attarder sur sa souffrance. Elle n’oublie pas sa période d’alcoolisme aussi, une conséquence souvent vécue par de nombreuses victimes.

  

Les faits étant exposés sans tabou, sans détour, Frieke explique comment elle a su surmonter un vécu aussi douloureux. Le sujet du débat est bien là ! Exposer la souffrance des victimes n’est pas notre but. Nous voulons aider, redonner de l’espoir et montrer que se « rebricoler » une vie, avec même un peu de bonheur, c’est possible. Nous voulons aller plus loin et donner des pistes, des renseignements, des outils par le biais notamment de ces cafés-débats. Frieke explique que son passé aussi douloureux qu’il a été, a fait d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui. Une femme engagée dans un combat, armée pour donner de l’aide et du soutien à ceux qui en ont besoin. Une femme qui peut aujourd’hui apporter sa pierre à cet immense édifice qui rendra, un jour, peut-être, notre monde meilleur.

  

A travers nos témoignages, nous souhaitons mieux informer et donc mieux préparer chaque individu pour affronter l’inacceptable. Pour soi ou pour un proche.

Frieke explique enfin, qu’un proche de victime souffre aussi et doit également, à sa façon, supporter les conséquences du passé. Elle me passe donc la parole après quelques présentations d’usage. Eh oui ! Le second intervenant c’est moi !

  

Je décide de défiler mon parcours avec Frieke, de notre rencontre à aujourd’hui. Je commence par expliquer que le fait d’« avoir su » dès le début a été très important pour moi et aussi pour nous. En effet, Frieke a tenu à m’informer de son passé avant même que notre véritable histoire démarre. Là aussi, je ne vais pas rentrer dans les détails de mon témoignage (pour cela, l’enregistrement du débat est à votre disposition). J’aborde devant notre petit public les principales étapes de notre histoire, les souffrances, les incompréhensions, les doutes mais aussi ce qui nous a permis d’avancer, ce que nous avons pu apporter l’un à l’autre et la façon dont nous avons su franchir certains obstacles. De mon effacement face à un passé si douloureux et aussi face à un besoin vital de ma conjointe de tout contrôler, à l’aide que l’on apporte, de la souffrance à l’espérance, de l’ombre à la lumière. Même si notre chemin vers l’anéantissement final de tous les blocages reste encore long, un bon bout a été parcouru. Dans ce débat nous voulons expliquer comment certains obstacles ont été franchis et quels sont les erreurs que j’ai pu commettre comme proche. Ce besoin pour Frieke de tout contrôler, je l’avais bien perçu comme un besoin. Aujourd’hui je me rends compte que c’était un besoin, certes, mais qu’il faisait souffrir Frieke. Je comprends aussi que mon épouse a toujours eu un fort besoin d’être valorisée, rassurée. Cela, je l’ai toujours su, mais ce que je comprends mieux aujourd’hui c’est que ce besoin (que nous avons tous plus ou moins) est indispensable à sa « reconstruction ». Aujourd’hui je le comprends, mais ce n’est pas suffisant, il va falloir agir aussi.

  

Je raconte qu’il y a eu aussi des points très importants qui ont aidé notre couple. Le fait de parler, de regarder des reportages (les autres victimes avaient parfois les mots qui manquaient à Frieke). J’ai peut-être également contribué à ce que Frieke écrive son livre et je l’ai aidée à créer son association.

  

Mais ce dont je suis le plus fier aujourd’hui est de n’avoir jamais eu honte de son histoire en l’accompagnant jusque sur des plateaux de télé et autres radios, devant la presse, devant le public. Sandra, également membre de SanViolentine, prend la parole à son tour après avoir été présentée par Frieke. Sandra est la seule victime de l’association qui a porté plainte. Son expérience peut donc largement aider d’autres victimes qui se posent tant de questions sur le sujet. Elle a d’ailleurs déjà présenté son parcours au premier café-débat, avec son avocat, en mai 2010. Son témoignage est très important, pas seulement par rapport à son expérience du parcours policier et judiciaire mais aussi pour son courage. Important aussi pour les raisons qui ont fait qu’elle a su trouver ce courage, grâce peut-être aux soutiens de ses proches. Comme pour les deux autres témoins, Sandra raconte son histoire et surtout la façon dont elle a su gérer ces événements sans oublier les petits détails qui pourront toujours être utiles à celles et ceux qui se posent encore tant de questions. Elle raconte qu’elle a toujours été très soutenue par ses parents. Elle précise aussi qu’au début, elle n’a pas voulu en parler à son père qui disait toujours « si quelqu’un te fait du mal, je le tue ». Il faut en effet souligner l’importance de l’aide apportée par les parents, mais, parfois, ce soutien peut avoir aussi des effets difficiles à gérer.

 

Sandra nous raconte qu’elle a cherché en vain une association en Lorraine, il y a quelques années. SanViolentine n’existait pas encore. Et un jour, en cherchant sur Internet, elle découvre notre association nouvellement créée. Elle décide alors de frapper à notre porte. Depuis elle est devenue une grande fidèle. Après avoir assisté à la plupart de nos groupes de paroles, elle a choisi de s’investir aussi pour les victimes jusqu’à devenir vice-présidente de SanViolentine.

Après deux heures de témoignages, Frieke reprend la parole pour ouvrir le débat avec les personnes présentes dans la salle. Pendant près de 45 minutes, les questions, les remarques s’échangent. SanViolentine signe une fois de plus une présentation de grande qualité ce soir.

 

Frieke referme ce 10ème café-débat et tous se retrouvent dans le petit bar, juste au-dessus de « notre » salle pour un dernier verre. Et la soirée se termine

  

doucement, dans la douceur d’une nuit de printemps, quelque part au cœur d’un vieux quartier Messin.

 

SanViolentine a voulu démontrer ce soir la nécessité pour les victimes de saisir la main tendue par une association comme la nôtre, la main tendue par un proche, un ami. Une main tendue et c’est peut-être une vie qui se reconstruira.

 

« L’avenir c’est ce qui dépasse la main tendue » Louis Aragon.

 

Patrick Brandebourg

Secrétaire de SanViolentine

 

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