Thierry Toutin & D. William - Victimologie & Criminologie

Nous voici arrivés à notre quatrième café-débat et aucun début de routine à l’horizon ! Comme à chaque fois, c’est une excitation particulière qui nous envahit, un savant mélange de stress et d’enthousiasme où passion et inquiétude s’affrontent gentiment. C’est le quatrième, mais le trac est présent autant qu’au premier. C’est à chaque fois une nouvelle expérience, unique.

Compte tenu du sujet de ce soir et des inscriptions sur les sites Internet, nous attendons plus de monde que d’habitude. Frieke a donc prévu une petite sono de façon à mieux nous entendre mais aussi pour pouvoir enregistrer les questions du public sur l’ordinateur. Nous préparons la salle et nous partons très vite vers le centre de Metz, Thierry Toutin va bientôt arriver. Après quelques minutes de route, Frieke cherche un endroit pour garer la voiture pendant que je me dirige vers les quais à la rencontre de notre invité. Encore une fois c’est lui qui me reconnaît le premier. Décidément, si je devais être profiler, je serais sans doute le plus mauvais du monde. Mais j’y arriverai, un jour !

Très rapidement, nous retournons tous les trois vers le café Jehanne d’Arc, tandis que Thierry Toutin nous parle de son métier. Une réelle passion. Une passion si forte qu’il est difficile d’y résister. Thierry possède un tel sens du détail, de la communication, qu’il nous emmène rapidement dans son univers. Enfin, nous arrivons à destination alors que Madame William, elle aussi, vient nous rejoindre. Nous avons investi une table au fond du café afin de peaufiner les derniers détails. Sous le regard immobile de Brassens, Brel et Ferré qui trônent en noir et blanc dans d’immenses cadres, les discours vont bon train. Pascal nous rejoint à son tour. Denise William prend terriblement à cœur notre action. Nous nous rendons compte que nous partageons tous le même point de vue, ce type de débat concerne toute notre société. Notre projet est plus qu’utile, il est nécessaire.

Il est temps de nous diriger vers notre petite salle habituelle où nous prenons place en même temps que le public venu très nombreux. Nous devons rajouter des chaises, 35 personnes ! Nous sommes rejoints par Lucie, Sandra et Sébastien, puis Sylvie.

Frieke ouvre le débat par quelques mots de bienvenue et présente ce quatrième café-débat. Le ton est plutôt détendu et quelques notes d’humour de la présidente permettent de détendre l’assemblée. Un climat de convivialité nécessaire avant d’aborder un sujet terriblement grave. Frieke présente les invités.

Thierry Toutin prend la parole. Ce commandant de police, diplômé de l’Institut de Criminologie de Paris et en Psychiatrie Légale, décoré des Palmes Académiques, commence par nous parler de son parcours et nous donne quelques informations juridiques. Il expose les peines encourues en fonction des infractions, délits et crimes. Le viol est un crime ! Actuellement 20% des détenus sont poursuivis pour des agressions sexuelles. 50% des affaires jugées en Assises sont liées à des viols.

Thierry précise qu’il n’y a pas de professions ou de milieux sociaux plus favorables que d’autres, même si les agresseurs d’enfants chercheront souvent à exercer un métier ou une activité qui favorisera un rapprochement avec les enfants. Il précise l’importance des associations comme SanViolentine pour aider les victimes à briser le silence. Ce grand silence qui bien souvent deviendra le pire ennemi de la victime après son agresseur.

Le discours de Thierry Toutin semble plutôt se dérouler au rythme de ses idées, comme elles lui arrivent. Mais ne nous y trompons pas ! Ce ton est donné afin d’accepter plus facilement des propos difficiles à entendre, une réalité parfois insoutenable. En réalité tout est soigneusement pensé et organisé selon un fil conducteur savamment conçu.

Thierry aborde la notion de prescription, et aussi la difficulté des enquêtes (parole de l’un contre celle de l’autre). Il aborde aussi la formation des agents, qui a progressée depuis les dernières affaires, les types de questions auxquelles une victime aura à faire face.

Denise William qui a longtemps exercé le métier d’éducatrice et directrice de centre pour enfants et adolescents, prend la parole à son tour. Formée en pédagogie générale, en psychologie (à l’IRTS), elle est aussi analyste en psychologie systémique.  

Après avoir présenté son parcours, elle choisi de nous raconter une expérience vécue. Une expérience qui va permettre au public de mieux prendre conscience que le sujet de ce soir est une réalité, un fléau tapis près de chez nous, dans nos villes, dans nos rues, tout près de nous !

Denise expose une expérience vécue au début des années 90 lorsqu’elle était directrice d’un institut médical éducatif chapeauté par un réseau associatif mondial. Un institut qui accueillait des jeunes en situation de vulnérabilité. Un jour, une jeune fille de ce centre lui jeta ces quelques mots qui raisonnent encore aujourd’hui et pour toujours dans sa mémoire « je ne veux plus rentrer chez moi ! », « mon, père me viol ! ». Cela durait depuis dix ans ! Grâce à Denise, le procureur fut saisi aussitôt.

Denise a assisté cette jeune fille lors de sa déposition. Moment terrible mais tellement important pour se reconstruire. L’importance de sortir du silence, de briser le tabou.

Notre intervenante termine son récit en insistant bien sur le fait que cela arrive aussi à côté de nous, voire chez nous ! Bien au-delà de l’histoire elle-même, son témoignage a surtout un objectif essentiel, faire prendre conscience de la réalité et de la proximité de ce fléau.

Thierry reprend la parole pour développer quelques conseils pratiques. Des conseils durs, difficiles à entendre, peut-être même à concevoir, mais indispensables. Après une agression, la victime doit éviter de se laver, de détruire des vêtements souillés, de détruire des indices. Il conseille encore de sortir du silence, en se rapprochant dans un premier temps des associations, ou personnes compétentes. Il souhaite à chaque victime de pouvoir expurger le mal par des mots ou l’écriture.

L’intervenant, enfin, liste implacablement les conséquences d’un viol pour la victime. Désocialisation, dépendances, sentiment de culpabilité, etc., la liste est longue.

Frieke à son tour souhaite présenter son histoire. Son histoire de victime à travers ses années de violences sexuelles et de viols, mais aussi le traumatisme lié au déni de ses parents, tout aussi destructeur que l’agression elle-même !

Thierry termine sur la notion de suivi socio judiciaire, presque inexistant faute de moyens, et sur les comportements typiques des agresseurs lorsqu’ils doivent répondre de leurs actes. Leur sentiment de ne pas être responsable, « j’étais ivre, je ne savais pas ce que je faisais », le besoin de minimiser l’acte, ou bien évidemment, de nier.

Il n’y a plus de question (cette fois les questions ont pu être posées tout au long des interventions), Frieke remercie encore une fois les invités et le public. Il est 22h45, et comme d’habitude nous sommes quelques uns à poursuivre pour quelques minutes encore, le débat, au comptoir ou à une table du café.

Je ne peux pas terminer ce compte-rendu sans rapporter cette phrase terrible que Thierry à souvent entendue. Une phrase qui se plante comme un glaive au sommet de la pyramide de l’horreur, une déclaration qui doit nous placer, tous, face à nos responsabilités. Un jour, un agresseur lui a déclaré :

« Moi, les enfants, je les aime »

Patrick Brandebourg

 

 

 

 

 

 

 

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